Même l'investisseur « sur sa chaise longue » doit surmonter ses inquiétudes
Le « Wall of Worry » est un concept bien connu dans le monde boursier. Les marchés boursiers progressent alors que l'incertitude reste très grande. La hausse des cours boursiers semble faire fi des guerres, des problèmes politiques, des fluctuations de l'inflation et de toutes sortes d'inquiétudes. Certains commentateurs attribuent cela à l'optimisme des investisseurs, qui font fi de tous ces obstacles.
Il ne faut bien sûr pas être un spécialiste de la bourse pour comprendre que, dès lors que les inquiétudes s'estompent, les indices boursiers remontent. C'est en période de crise et d'incertitude que le marché met cet optimisme à l'épreuve. Certains investisseurs novices ou passifs en font eux aussi l'expérience en ce moment.
Il y a quelques semaines, en pleine crise iranienne, j'ai reçu un message sur les réseaux sociaux. « Tim, puis-je te déranger pour te poser une question ? ». Je ne peux pas répondre à tout ce qui arrive dans mes boîtes de réception, mais j’ai pris le temps d’écouter ce qu’il avait à dire. Il s’est avéré que cet investisseur débutant s’était lancé dans l’investissement en ETF depuis tout juste deux mois. Ce nouvel investisseur « en hamac » avait été conseillé par un ami qui investissait depuis déjà 30 ans. Le conseil de ce vieux routier, en ce week-end particulièrement stressant, était de tout vendre, puis de racheter au plus bas.
C'est un bon exemple qui montre comment le projet initial, qui consistait à investir tranquillement pendant 15 ans, a été remis en question après seulement deux semaines. Les inquiétudes se sont amplifiées sous l'effet de diverses influences : les médias négatifs, les amis qui conseillaient de vendre, les chiffres rouges dans l'application d'investissement que l'on consultait trop souvent.
J'ai perçu toute une série de préjugés ou de biais qui transparaissaient dans ces questions. Des biais auxquels je suis moi-même sensible, comme tout un chacun. À commencer par l'effet de disposition, selon lequel une perte fait deux fois plus mal qu'un gain équivalent. L'ami expérimenté était encore dans le vert, tandis que le nouvel investisseur occasionnel était dans le rouge. Prendre ses bénéfices faisait du bien, alors qu'accepter une perte n'était pas du tout le cas.
Ces résultats divergents s'expliquent par le fait que les achats ont été effectués à deux moments différents. Ce principe d'ancrage, qui fait de votre prix d'achat le critère décisif ultime, n'est toutefois pas rationnel. Pourquoi le moment historique de l'achat aurait-il de l'importance pour prendre une décision aujourd'hui ? Une personne qui détient un ETF depuis 10 ans a les mêmes investissements qu'une personne qui ne détient ce même ETF que depuis 2 mois. Partons du principe que ces deux personnes se trouvent dans une situation personnelle similaire. Dans ce cas, vendre ses actions parce que l'une des deux personnes est en bénéfice et conserver les mêmes actions alors que l'autre est en perte n'est pas rationnel.
À cela s'ajoutait l'arrogance de l'ami expérimenté qui se croyait capable de prédire une baisse et de déterminer le plancher dans un monde aussi complexe. Quand on est investisseur depuis des années, certains finissent par croire qu'ils peuvent battre le marché et le prédire. Nous aimons voir des schémas se dessiner dans un monde complexe. Nous nous accrochons à des ratios, à des courbes sur un graphique ou simplement à notre immense confiance en notre intuition, nourrie par les actualités que nous lisons.
Par hasard, cette question en ligne a été posée juste avant ce qui est, à ce jour, le plus bas niveau de l'année. L'ami expérimenté a donc vendu au plus bas provisoire du marché. Si le nouvel investisseur « hamac » a tenu parole et est resté sur ses positions, cela s'est avéré être, à ce jour, la meilleure stratégie. C'est d'ailleurs la conclusion qui ressort à chaque fois en matière d'investissement. Tenez-vous-en à votre stratégie, persévérez dans les moments difficiles, ne paniquez pas et surtout, n'essayez pas d'anticiper le marché.
Au moment où j'écris ces lignes, j'apprends que la Bourse américaine atteint à nouveau un sommet. À en juger par les commentaires dans les médias financiers, on sent qu'il y a une certaine incompréhension quant à la manière dont ce mur d'inquiétudes a pu être surmonté une nouvelle fois. Le véritable investisseur « en hamac », qui reste tranquillement couché et ne suit pas le marché, n'a, espérons-le, rien remarqué de tout cela et ignore tous ces pronostiqueurs.
À lire dans Trends du 23 avril 2026
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